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Accompagnement d'Emilie et la notion de mort sociale

Photo du rédacteur: Malory Le Poittevin
Malory Le Poittevin
il y a 11 minutes
4 min de lecture

La mort sociale c’est l’isolement social extrême qui concerne de manière privilégiée les personnes les plus vulnérables. Cette notion a été théorisée par le chercheur THOMAS Louis-Vincent. Les cercles de sociabilité sont :

  • la famille,

  • le travail,

  • le voisinage,

  • les amis

  • et la vie associative.


En France, il existe un baromètre qui mesure la mort sociale. En 2025, il met en avant le chiffre de 750 000 personnes de 60 ans et plus en France étant en situation de mort sociale.

Les personnes âgées sont en effet particulièrement touchées étant vulnérables mais aussi personnes sans papiers, les personnes sans domicile fixe, les prisonniers, les chômeurs de long durée, les malades « abandonnés des institutions »* et les personnes en situation de handicap.


Comment lutter contre ce fléau ?


A Cherbourg, différentes associations sont engagées dans cette lutte comme la Croix-Rouge Française ou les petits frères des pauvres pour différents profils de personnes vulnérables.


En tant qu’éducatrice spécialisée en libéral, je travaille en collaboration avec différents partenaires comme des mandataires judiciaires à la protection des majeurs (MJPM). Ce sont des professionnels qui, par décision de justice, ont pour mission d’accompagner et de protéger les personnes majeures rencontrant des difficultés dans l'exercice de leurs droits au quotidien. Au travers de cette mission, ils participent à l’autonomie de la personne protégée mais aussi lutte contre l’isolement de celle-ci. Cela se fait dans le cadre de tutelle ou de curatelle par exemple.


C’est dans ce contexte, qu’il y a un peu plus d’un an, je suis appelée par l’un d’entre eux pour intervenir chez Emilie.


Emilie est une femme veuve âgée de presque 80 ans. Elle a un léger handicap intellectuel. Elle a eu des enfants et petits-enfants mais tous habitent loin. Son mari est décédé il y a une dizaine d’années.

Après plusieurs problèmes de santé, une prise de poids importante et quelques chutes, Emilie ne sort plus de chez elle. Des aides à domicile interviennent pour faire sa toilette, réaliser l’entretien de son espace de vie et acheter les courses de madame.

Lors de notre première rencontre, elle m’explique que le médecin souhaite qu’elle bouge davantage. La tutrice précise qu’elle est isolée et chute régulièrement seule chez elle, ce qui augmente l’angoisse d’Emilie. Elle a peur de se blesser et n’imagine pas pouvoir sortir. Cela ne semble pas être dans les missions de ses aides à domicile, débordées. Ce ne sont pas les seules raisons.

En effet, Emilie a toujours dépendu de son époux pour ses excursions : elle sortait avec lui. Étant veuve avec un état de santé fragile, elle s’est isolée progressivement ces 10 dernières années. Elle passe ses journées assises devant sa télévision et n’a pas dépassé le seuil de sa porte d’entrée depuis 2 ans (sauf sur un brancard pour des raisons de santé).


Malgré quelques appréhensions liées au changement de ses habitudes, elle est enthousiaste à chacune de mes visites. Après quelques séances avec moi à réaliser de la gym douce sur chaise, à discuter de musique et de séries, et à cuisiner ensemble. Je lui propose de marcher un peu à l’extérieur de son appartement situé dans une résidence calme où le voisinage lui est méconnu.

Très vite, pour des raisons de santé physique et psychique, je me rends compte qu’elle a besoin d’un fauteuil roulant pour se déplacer à l’extérieur. Cela lui permettra de sécuriser ses déplacements.

J’ai donc fait la demande à sa mandataire judiciaire et son médecin traitant.


Quelques semaines plus tard, il était possible de monter dans ma voiture et d’aller se promener dans la ville de Cherbourg, de faire quelques achats en choisissant elle-même ses produits, de déguster une glace près du port ou de manger au restaurant.

Pour l’anecdote, elle a choisi de manger un couscous pour son anniversaire. J’ai donc réservé une table dans un restaurant spécialisé à Cherbourg. Durant le repas, elle me confie que le dernier couscous savouré dans un restaurant date de plus de 50 ans ! Ses yeux étaient remplis d’émotion, elle s’est régalée.

Progressivement, son projet évolue. Elle envisage davantage de faire des rencontres et évoque l'idée d’intégrer une résidence pour personnes âgées où elle aurait son appartement tout en participant à des activités de groupe conviviale dans les espaces communs.


Restaurer le lien social en interpellant une voisine, en sortant et discutant avec son commerçant ou en participant à des évènements de quartier sont une manière efficace de rompre l’isolement et d’éviter ou de sortir d’une « mort sociale ».


Cela ne se fait pas seule. Si vous êtes concerné : un proche, un voisin, un ami, un bénévole ou un professionnel comme moi, nous pouvons vous aider.


Dans le cadre de la lutte contre l’isolement des séniors, le CCAS (Centre Communal d’Action Sociale) de Cherbourg organise, des visites de courtoisie à domicile pour les personnes en faisant la demande.


Je vous mets le lien juste en dessous.




Pour aller plus loin :


 
 
 

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